Weekly Update - Etats-Unis : la Réserve fédérale face à une conjoncture atypique
L’économie américaine continue de connaître des perturbations et irrégularités du fait du caractère inédit de la crise Covid. Les Etats-Unis ont connu une forte reprise à la suite de la crise, permise notamment par un policy-mix – politique monétaire et budgétaire - très expansionniste. Les soutiens budgétaires particulièrement généreux ont notamment dopé les revenus des ménages avec deux conséquences toujours visibles aujourd’hui : une augmentation significative leur épargne (de l’ordre de 12% du PIB) et une focalisation de leur demande sur la consommation de biens, notamment de biens durables. Une autre perturbation forte post-Covid est la déstabilisation du marché du travail américain. Contrairement à l’Europe, les entreprises américaines ont massivement licencié pendant le Covid, pour rembaucher très rapidement ensuite. Cette spécificité a eu deux conséquences dont les effets sont encore présents aujourd’hui : une partie des ménages (notamment les plus proches de l’âge de la retraite) n’est pas revenue sur le marché, tandis que ceux qui revenaient ont généré une pression à la hausse sur les salaires.
Un ralentissement de l’activité se profile, notamment provoqué par le changement de politique économique. Après cette forte reprise, l’économie est en train de ralentir, le consensus s’attendant à une expansion de seulement 0,4% en 2023, après 2% en 2022. Ce ralentissement est provoqué à la fois par le niveau élevé de l’inflation, qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, mais surtout par la mise en place de politiques économiques plus restrictives, qui pèsent sur les ménages ainsi que sur les entreprises et donc, à terme, sur le marché du travail. La consommation devrait en conséquence nettement ralentir. Cependant, le surplus d’épargne toujours important ainsi que la dégradation seulement progressive du marché du travail rendent la rapidité d’ajustement incertaine. Du côté des entreprises, le resserrement marqué des conditions financières pèserait sur l’investissement, mais la particulièrement bonne santé financière des entreprises rend là aussi l’ampleur et la rapidité de l’ajustement incertaines.
La Réserve fédérale (Fed) face à des changements structurels de ses canaux de transmission. La Fed a amorcé depuis quelques mois un resserrement marqué de sa politique, dans un contexte d’inflation toujours très élevée. Ainsi, depuis le début de l’année, la Fed a augmenté ses taux directeurs de 400 points de base et les marchés anticipent un resserrement supplémentaire de 100 points dans les mois à venir. Les incertitudes précitées sur la rapidité de l’ajustement du comportement des ménages et des entreprises complexifient logiquement l’action de la Fed. Au-delà de ces incertitudes, l’autorité monétaire doit en plus faire face à une autre particularité de ce cycle. En effet, des évolutions structurelles ont modifié les caractéristiques de l’investissement des ménages (marché immobilier résidentiel) et des entreprises, qui pourraient rendre l’action de la banque centrale moins efficace que lors des cycles précédents. Les ménages sont à la fois moins endettés et surtout le sont dorénavant très peu à taux variables, impliquant une tolérance plus forte à la remontée des taux d’intérêt. Par ailleurs, l’investissement immobilier est lui aussi plus faible en part de PIB par rapport aux crises précédentes et il n’y a pas de cycle de surinvestissement des entreprises.
Pour plus d’informations, n’hésitez pas à lire notre Focus Stratégie.
Dans les événements marquants de la semaine, nous avons choisi d'évoquer l'activité en Zone euro ainsi que les minutes de la dernière réunion de la Réserve fédérale.
Lire l'intégralité de l'article